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Jamais nous n’avons disposé d’autant de moyens pour communiquer. Pourtant, il est possible de passer plusieurs heures par jour à échanger sur son téléphone tout en éprouvant un profond sentiment de solitude. Réseaux sociaux, pornographie, applications de rencontre et désormais compagnons virtuels : à force de chercher du réconfort derrière un écran, risquons-nous de négliger les relations humaines ?
C’est l’une des questions soulevées par le psychiatre américain Alok Kanojia, plus connu sous le nom de Dr K, lors d’un entretien accordé au podcast The Diary of a CEO.
Quand l’écran devient un refuge émotionnel
Après une journée difficile, quoi de plus simple que de prendre son téléphone, de regarder des vidéos ou de parcourir les réseaux sociaux ?
Ces activités peuvent offrir un moment de détente. Mais lorsqu’elles deviennent le principal moyen d’échapper à la solitude, à l’anxiété ou à la frustration, elles peuvent aussi nous empêcher d’affronter les difficultés qui nous préoccupent.
Le Dr Kanojia explique notamment que certaines personnes se tournent vers la pornographie non seulement pour rechercher du plaisir, mais également pour atténuer temporairement des émotions pénibles.
Le problème apparaît lorsqu’un comportement devient difficile à contrôler, se répète malgré ses conséquences négatives et perturbe la vie quotidienne.
La dopamine est-elle responsable ?
La dopamine est une substance chimique naturellement produite par le cerveau. Elle participe notamment à la motivation, à l’apprentissage et aux mécanismes de récompense.
Contrairement à certaines idées populaires, elle n’est pas une substance toxique dont il faudrait débarrasser notre organisme.
Le véritable enjeu n’est donc pas de supprimer la dopamine, mais de comprendre pourquoi certaines activités prennent progressivement une place disproportionnée dans notre vie.
Une question simple mérite d’être posée : utilisons-nous nos écrans parce que nous en avons réellement envie, ou parce que nous ne savons plus quoi faire de nos moments de solitude ?
Les relations humaines face à la facilité du numérique
Construire une relation demande du temps. Il faut apprendre à connaître l’autre, accepter ses différences, communiquer et parfois surmonter des désaccords.
À l’inverse, de nombreuses expériences numériques procurent une satisfaction immédiate, sans nécessiter les mêmes efforts.
Le Dr Kanojia s’interroge sur les conséquences possibles de cette différence, notamment chez les jeunes adultes qui éprouvent déjà des difficultés à établir des relations.
Cette réflexion prend une dimension nouvelle avec l’apparition des compagnons virtuels utilisant l’intelligence artificielle.
Certaines applications permettent désormais de discuter avec un personnage numérique capable de simuler de l’affection, de l’attention et même une relation amoureuse.
Ces technologies peuvent apporter une forme de compagnie à certains utilisateurs. Mais pourraient-elles aussi encourager d’autres personnes à éviter les difficultés normales des relations humaines ? La question mérite d’être étudiée sans conclusions hâtives.
Et en Afrique, sommes-nous concernés ?
Au Cameroun comme ailleurs, le téléphone est devenu un outil important pour communiquer, travailler, s’informer, se divertir et entretenir des relations.
Pour de nombreuses personnes, les plateformes numériques permettent également de maintenir des liens avec des proches vivant dans une autre ville ou à l’étranger.
Il serait donc injuste de présenter les écrans uniquement comme une menace.
Toutefois, les questions soulevées par le Dr Kanojia concernent aussi les familles, les étudiants et les jeunes travailleurs africains.
Combien de temps consacrons-nous réellement aux échanges avec nos proches ? Sommes-nous encore capables de discuter sans consulter constamment notre téléphone ? Et que faisons-nous lorsque nous éprouvons de la tristesse, de l’ennui ou de la solitude ?
Ces interrogations ne nécessitent pas d’attendre qu’une dépendance s’installe.
Comment retrouver un meilleur équilibre ?
Plusieurs habitudes simples peuvent aider à reprendre le contrôle de son temps numérique :
- Définir des moments sans écran, notamment pendant les repas ou les conversations familiales.
- Reconnaître les déclencheurs émotionnels : ennui, stress, solitude ou frustration.
- Apprendre à laisser passer une envie, sans nécessairement y répondre immédiatement.
- Privilégier les relations réelles, en consacrant du temps à ses proches et aux activités collectives.
- Demander de l’aide lorsqu’un comportement devient incontrôlable ou provoque des souffrances importantes.
Ces mesures ne remplacent pas un accompagnement médical ou psychologique lorsqu’il est nécessaire.
Une question de choix et de priorités
La technologie ne nous condamne pas à la solitude. Elle peut aussi rapprocher les familles, faciliter les rencontres et permettre à des personnes éloignées de maintenir leurs liens.
Mais elle ne peut pas toujours remplacer l’attention, la confiance et la présence qui donnent leur profondeur aux relations humaines.
L’entretien du Dr Kanojia nous invite finalement à réfléchir à une question essentielle : dans une société où presque tout devient accessible immédiatement, sommes-nous encore disposés à consacrer du temps et des efforts aux personnes qui comptent pour nous ?
Article de Radio Audace, inspiré d’un entretien du Dr Alok Kanojia publié dans The Diary of a CEO le 7 juillet 2025. Les réflexions de l’intervenant ne doivent pas être assimilées à des conclusions scientifiques universellement établies.

