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Réunie ce 8 octobre 2026 à Douala, sous la présidence du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, la nouvelle équipe dirigeante de la Société camerounaise d’électricité (SOCADEL) a été soumise à un exercice d’évaluation de sa feuille de route. Entre refinancement de la dette, lutte contre la fraude, amélioration de la trésorerie et maîtrise des charges, cinq chantiers majeurs doivent permettre à l’entreprise de retrouver une meilleure santé financière et de renforcer ses performances opérationnelles.
Douala, 8 octobre 2026. La salle des banquets de Koumassi a servi de cadre à une importante réunion consacrée à l’avenir de la SOCADEL. Sous la conduite du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, les responsables de l’entreprise ont passé en revue les premières actions engagées dans le cadre de sa restructuration. Installée le 5 mai dernier, la nouvelle équipe dirigeante avait reçu du gouvernement une feuille de route ambitieuse, assortie d’objectifs prioritaires à réaliser au cours de ses cent premiers jours. Cette rencontre d’évaluation constitue ainsi une étape déterminante dans le processus de redressement de l’entreprise, confrontée à des défis financiers, commerciaux et opérationnels majeurs.
« Nous nous retrouvons aujourd’hui pour examiner les premiers résultats obtenus, identifier les difficultés persistantes et surtout fixer les priorités pour les prochains mois », a déclaré Gaston Eloundou Essomba.
Au-delà d’un simple exercice de bilan, cette réunion traduit la volonté des pouvoirs publics d’inscrire la restructuration de la SOCADEL dans une logique de résultats, de responsabilité et de performance durable.
Un plan de redressement articulé autour de cinq priorités
Pour restaurer les équilibres financiers de l’entreprise et améliorer la qualité du service public de l’électricité, le gouvernement a défini cinq axes stratégiques. Le premier concerne le refinancement de la dette financière, considéré comme un levier essentiel pour desserrer l’étau qui pèse sur la trésorerie de l’entreprise. Les discussions engagées avec les établissements bancaires locaux visent notamment à transformer certains prêts et découverts bancaires en emprunts amortissables sur des périodes plus longues. Cette restructuration pourrait permettre à la SOCADEL de réduire ses sorties mensuelles de trésorerie de 2,5 milliards de FCFA au titre du remboursement du capital, auxquels s’ajouteraient environ 200 millions de FCFA d’économies sur les intérêts.
Une perspective susceptible de redonner à l’entreprise des marges de manœuvre financières pour faire face à ses obligations et soutenir ses investissements.
La fraude électrique, un manque à gagner de plus de 60 milliards de FCFA
Autre défi majeur : la lutte contre la fraude et les pertes commerciales. Selon les estimations présentées, ces pertes représentent plus de 60 milliards de FCFA chaque année, soit des ressources considérables qui échappent à l’entreprise et fragilisent son équilibre financier. Face à cette situation, la nouvelle direction est appelée à intensifier les mécanismes de contrôle, à renforcer la sécurisation des recettes et à améliorer le suivi de la consommation électrique. L’objectif fixé pour la première année est de générer un gain supplémentaire d’environ 500 millions de FCFA par mois. Cette offensive contre la fraude apparaît comme l’un des principaux leviers de mobilisation des ressources internes. Elle devra toutefois s’accompagner d’une amélioration des pratiques commerciales et d’une plus grande efficacité dans le recouvrement des factures.
De nouveaux industriels pour accroître les recettes
Le troisième axe de la restructuration repose sur l’élargissement du portefeuille clientèle et l’amélioration de la trésorerie. Dans cette perspective, la SOCADEL entend renforcer les raccordements de nouveaux clients industriels, dont le potentiel de consommation est estimé à près de 150 mégawatts. Cette ambition s’appuie notamment sur l’augmentation des capacités de transformation électrique et sur les raccordements réalisés en collaboration avec la Société nationale de transport de l’électricité (SONATREL).
À terme, ces opérations pourraient générer près de 4 milliards de FCFA de recettes additionnelles chaque mois.
Pour le gouvernement, l’enjeu est double : améliorer les revenus de l’entreprise tout en accompagnant le développement du tissu industriel camerounais, dont la compétitivité dépend largement de la disponibilité d’une énergie électrique fiable.
Parallèlement, la migration progressive des abonnés du système post-payé vers le prépayé constitue un autre instrument de modernisation de la gestion commerciale. Sur un parc évalué à environ 1,335 million de compteurs post-payés, 50 000 doivent être convertis au prépaiement au cours de l’année 2026. Cette opération devrait permettre à l’entreprise de bénéficier d’une avance de trésorerie estimée à plus de 100 millions de FCFA par mois, tout en réduisant les charges liées à la relève des compteurs et à la distribution des factures.
Les administrations publiques appelées à respecter leurs engagements
Le règlement régulier des factures d’électricité et l’apurement des arriérés des entités publiques constituent le quatrième pilier du plan de redressement. La question demeure particulièrement sensible dans un contexte où la stabilité financière de l’entreprise dépend également de la capacité de ses grands clients à honorer leurs engagements. En inscrivant cette problématique parmi les priorités de la restructuration, les pouvoirs publics entendent favoriser une meilleure discipline de paiement et sécuriser davantage les flux de trésorerie. L’objectif est de permettre à la SOCADEL de disposer de ressources plus prévisibles pour assurer ses missions et faire face à ses charges d’exploitation.
Réduire de moitié certaines charges opérationnelles
Le cinquième chantier porte sur la maîtrise des coûts de fonctionnement. Dans le viseur figurent notamment les dépenses compressibles, particulièrement celles liées à l’assistance technique. L’ambition affichée est de ramener ces charges de 7 milliards à 3,5 milliards de FCFA par an, soit une réduction de moitié. Une telle rationalisation représenterait une économie de l’ordre de 300 millions de FCFA par mois. Cette démarche s’inscrit dans une volonté plus large d’assainissement de la gestion, de rationalisation des dépenses et d’optimisation des ressources disponibles. Elle traduit également l’exigence de faire évoluer les méthodes de management vers une culture de performance et de maîtrise budgétaire.
Gaston Eloundou Essomba exige un plan d’actions corrigé
Si les orientations stratégiques sont clairement définies, le gouvernement entend désormais accélérer leur mise en œuvre. Au terme des échanges, le ministre de l’Eau et de l’Énergie a insisté sur la nécessité de dépasser le stade des constats pour apporter des réponses concrètes aux difficultés identifiées.
Il a notamment demandé de : « Consigner dans un plan d’actions corrigé, assorti d’échéances précises et de responsables identifiés, les mesures destinées à lever les blocages constatés et à accélérer les axes en retard. »
Cette instruction marque un tournant dans le suivi du processus de restructuration. Désormais, chaque action devra être accompagnée d’un calendrier précis, d’une responsabilité clairement établie et d’indicateurs permettant d’apprécier les progrès accomplis. Pour la nouvelle équipe dirigeante, le défi consiste donc à transformer les ambitions affichées en résultats tangibles, aussi bien sur le plan financier que dans l’amélioration du service rendu aux consommateurs.
Une restructuration au cœur des ambitions énergétiques du Cameroun
Au-delà du seul redressement de la SOCADEL, cette démarche s’inscrit dans les ambitions énergétiques nationales et dans la perspective de l’émergence du Cameroun à l’horizon 2035. Dans un environnement marqué par une demande croissante en électricité, portée notamment par l’industrialisation, l’urbanisation et l’expansion des activités économiques, la performance des entreprises du secteur constitue un enjeu stratégique.
L’amélioration de la situation financière de la SOCADEL apparaît ainsi comme une condition importante pour consolider le service public de l’électricité et renforcer la confiance des partenaires économiques.
Toutefois, les montants annoncés dans les différents axes de restructuration correspondent essentiellement à des objectifs et à des gains potentiels. Leur concrétisation dépendra de l’efficacité des mesures engagées, de la mobilisation des parties prenantes et de la capacité de l’entreprise à surmonter les obstacles persistants.
À Douala, le message du gouvernement est désormais sans équivoque : la restructuration de la SOCADEL doit produire des résultats mesurables. Après cette première évaluation, l’heure est à l’accélération des réformes, à la discipline financière et à la responsabilisation des acteurs. Pour la nouvelle équipe dirigeante, une phase décisive s’ouvre. Celle de faire de la SOCADEL une entreprise financièrement plus solide, commercialement plus performante et capable de répondre durablement aux attentes des ménages et des industries camerounaises.
Moïse Benga

