Avec 106 447 tonnes exportées entre janvier et mai 2026, soit une progression spectaculaire de 19,9 % en glissement annuel, le Cameroun confirme son statut de puissance africaine de la banane. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle survient en pleine saison sèche, une période traditionnellement marquée par un ralentissement des exportations. Derrière cette embellie se cachent des stratégies d’adaptation audacieuses, une filière résiliente et des acteurs clés comme la Compagnie fruitière (via ses filiales Plantations du Haut-Penja et CDBM) ou encore la CDC. Analyse d’un succès qui pourrait bien inspirer d’autres secteurs agricoles africains.

Le Cameroun mise sur ses géants pour booster les exportations

À l’origine de cette croissance, deux poids lourds de la banane camerounaise : Plantations du Haut-Penja (PHP) et Compagnie des Bananes de Mondoni (CDBM), filiales de l’emblématique Compagnie fruitière française. PHP, leader incontesté du secteur, a vu ses exportations bondir de 19,5 % (passant de 61 227 tonnes en 2025 à 76 093 tonnes en 2026), tandis que la CDBM affiche une hausse vertigineuse de 39,9 % (12 326 tonnes contre 7 409 tonnes l’année précédente).

Ces chiffres s’expliquent par une stratégie industrielle bien huilée, combinant optimisation des rendements, modernisation des infrastructures et réponse rapide aux fluctuations du marché. Comme l’explique un rapport récent de l’Association bananière du Cameroun (Assobacam), « ces performances illustrent la capacité de nos producteurs à transformer les contraintes climatiques en opportunités ». Une résilience qui contraste avec les défis mondiaux du secteur, entre coûts de production en hausse, maladies des plantes (comme la redoutable fusariose TR4) et marges commerciales serrées.

La CDC, acteur national, confirme sa reprise

Moins médiatisée que ses concurrents étrangers, la Cameroon Development Corporation (CDC) – seule entreprise publique du secteur – a également participé à cette dynamique, avec une hausse de 7,2 % (18 028 tonnes exportées). Si cette progression reste modeste comparée à celle de PHP ou CDBM, elle marque un retour en grâce après des années de difficultés. La CDC, qui avait souffert de la concurrence internationale et de problèmes logistiques, semble aujourd’hui tirer parti de ses investissements dans l’irrigation et de partenariats techniques.

« La saison sèche de 2026 a été l’une des plus rudes de la décennie, mais nos équipes ont réussi à maintenir un niveau d’exportation acceptable grâce à une gestion optimisée de l’eau et des réseaux de drainage. »

— Un responsable de la CDC, sous couvert d’anonymat

Cette performance est d’autant plus notable qu’elle intervient dans un contexte où les phénomènes climatiques extrêmes (sécheresses prolongées, inondations) menacent la stabilité des filières agricoles en Afrique. Pour le Cameroun, qui mise sur la banane pour diversifier ses exportations (après le pétrole et le cacao), ces résultats sont une bouffée d’oxygène.

Des revenus records pour l’économie camerounaise

En 2025, la banane avait déjà généré 67,7 milliards de FCFA de recettes en devises, soit une hausse de 84,7 % en un an selon l’Institut National de la Statistique (INS). Un secteur qui, s’il ne représente encore que 1 à 2 % du PIB, joue un rôle clé dans l’équilibre de la balance commerciale. « Le Cameroun a tout intérêt à capitaliser sur cette dynamique pour attirer davantage d’investisseurs », analyse un économiste basé à Douala.

Autre atout : la diversité des débouchés. Si l’Europe (notamment la France, la Belgique et l’Italie) reste le principal marché, les exportations vers les pays asiatiques et du Golfe progressent. « La qualité de notre banane Cavendish, réputée pour sa douceur et sa longue conservation, séduit de plus en plus de consommateurs en Asie du Sud-Est », confie un expert d’Assobacam.

L’ombre des défis mondiaux : faut-il s’inquiéter ?

Malgré ces succès, le secteur n’est pas à l’abri des menaces globales. La fusariose TR4, une maladie fongique dévastatrice pour les bananiers, progresse en Afrique et en Amérique latine. Présente dans 21 pays producteurs, elle a déjà forcé des pays comme la Colombie ou l’Équateur à détruire des plantations entières. Au Cameroun, où elle a été détectée pour la première fois en 2021, les producteurs multiplient les protocoles de biosécurité pour éviter une propagation massive.

Par ailleurs, les coûts logistiques élevés (transport, énergie, main-d’œuvre) grignotent les marges. « Le prix de revient d’une tonne de banane camerounaise est aujourd’hui 30 % plus élevé qu’il y a cinq ans », révèle un producteur sous anonymat. Enfin, la concurrence des pays d’Amérique latine (Équateur, Costa Rica) et d’Asie (Philippines, Inde) pousse les acteurs locaux à innover pour rester compétitifs.

Et demain ? Vers une banane camerounaise 100 % durable ?

Face à ces enjeux, la filière camerounaise mise sur l’innovation et la durabilité. Plusieurs projets sont en cours :

  • L’agroécologie : Réduction des pesticides via des techniques de lutte biologique, comme l’utilisation de prédateurs naturels des parasites.
  • L’énergie verte : Certains producteurs tests des panneaux solaires pour alimenter leurs stations de pompage, réduisant ainsi leur empreinte carbone.
  • La traçabilité : Des initiatives comme le label « Banane du Cameroun » visent à rassurer les consommateurs européens sur les conditions de production.

L’enjeu ? Transformer ces efforts en argument commercial, alors que les Européens, de plus en plus sensibles à l’impact environnemental des importations, exigent des produits « propres ». « Si nous voulons pérenniser nos exportations, nous devons passer à la vitesse supérieure en matière de durabilité », souligne un représentant de l’Assobacam.

Un modèle à suivre pour l’Afrique ?

Avec ses 106 000 tonnes exportées en cinq mois, le Cameroun prouve qu’une filière agricole africaine peut rivaliser avec les géants mondiaux – à condition de s’adapter, innover et investir. Entre défis climatiques, concurrence internationale et attentes des consommateurs, le secteur de la banane camerounaise est un laboratoire grandeur nature pour l’agriculture du continent.

Pour les autres pays africains, la leçon est claire : la résilience paie. Que ce soit via l’irrigation, la diversification des marchés ou l’adoption