Cameroun, Gabon, Congo, Tchad, Guinée équatoriale et République centrafricaine empruntent régulièrement de l’argent auprès des banques et d’autres investisseurs. À fin juillet 2026, le montant de ces emprunts encore en circulation sur le marché régional atteignait 10 560,8 milliards de FCFA. Un chiffre impressionnant qui mérite surtout d’être expliqué : d’où vient cet argent, pourquoi les États l’empruntent-ils et qui devra le rembourser ?
Imaginez qu’un État ait besoin de 100 milliards de FCFA pour financer ses dépenses, réaliser des projets ou faire face à des remboursements arrivant à échéance.
Il dispose naturellement des impôts, taxes et autres recettes publiques. Mais lorsque ces ressources ne suffisent pas immédiatement à couvrir ses besoins, il peut emprunter.
C’est exactement ce que font régulièrement les pays de la CEMAC.
Au lieu d’aller uniquement chercher de l’argent auprès d’organismes internationaux ou de créanciers étrangers, ils peuvent emprunter directement sur un marché organisé dans notre sous-région.
Et ce marché a beaucoup grandi.
Selon les données de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), reprises notamment par Cameroon Tribune, le montant des titres publics encore en circulation atteignait 10 560,8 milliards de FCFA au 31 juillet 2026.
Mais que signifie réellement ce chiffre ?
Commençons par quelque chose de simple : un État peut aussi emprunter
Lorsqu’un particulier emprunte auprès d’une banque, il reçoit de l’argent aujourd’hui et s’engage à le rembourser plus tard, généralement avec des intérêts.
Pour un État, le principe est assez proche.
Supposons que le Cameroun ait besoin d’argent.
Il peut dire aux investisseurs, de façon simplifiée :
« Prêtez-nous de l’argent aujourd’hui. Nous nous engageons à vous le rembourser à une date déterminée et à vous verser une rémunération. »
En échange de l’argent reçu, l’État émet ce qu’on appelle un titre public ou titre du Trésor.
Le document représente donc une dette de l’État envers celui qui lui a prêté de l’argent.
Qui prête cet argent aux États ?
On pourrait penser qu’il s’agit principalement de grandes institutions étrangères.
Mais une part importante de cet argent provient du système financier de notre propre sous-région.
Les banques jouent notamment un rôle majeur. Des compagnies d’assurance et d’autres investisseurs institutionnels peuvent également acheter ces titres.
À fin juillet 2026, les Spécialistes en valeurs du Trésor, qui sont essentiellement des établissements chargés de jouer un rôle particulier sur ce marché, détenaient environ 6 800,5 milliards de FCFA de titres.
D’autres établissements de crédit en détenaient environ 1 188 milliards, tandis que les investisseurs institutionnels en détenaient environ 2 153,5 milliards.
En termes simples : les banques et autres institutions financières de la région prêtent des milliers de milliards de FCFA aux gouvernements de la CEMAC.
Et le Cameroun dans tout cela ?
Le Cameroun représente une part importante de ce marché.
À fin juillet 2026, l’encours des titres publics camerounais était estimé à environ 2 061 milliards de FCFA, contre environ 1 980 milliards un an auparavant, selon les chiffres rapportés par Cameroon Tribune.
Le mot « encours » peut paraître technique.
Il signifie simplement l’argent emprunté qui reste encore à rembourser sur ces titres.
Ainsi, lorsque l’on parle d’un encours camerounais de 2 061 milliards de FCFA, cela ne veut pas dire que le Cameroun a emprunté cette somme uniquement au mois de juillet.
Il s’agit du montant des titres concernés qui étaient encore en circulation à cette date.
Pourquoi les États empruntent-ils ?
Emprunter n’est pas automatiquement une mauvaise chose.
Un État peut avoir besoin d’argent pour construire des routes, financer des infrastructures, soutenir certains investissements publics ou simplement gérer le décalage entre le moment où il doit effectuer des dépenses et celui où il reçoit ses recettes.
Le véritable sujet est donc aussi l’utilisation de l’argent emprunté et la capacité à le rembourser.
Prenons un exemple très simplifié.
Une entreprise qui emprunte 100 millions de FCFA pour acheter une machine qui lui permettra d’augmenter durablement sa production n’est pas dans la même situation qu’une entreprise qui emprunte continuellement simplement pour rembourser ses anciennes dettes.
Pour les États, une logique comparable existe.
Il faut donc regarder non seulement combien ils empruntent, mais également pourquoi ils empruntent, combien leur coûte cet argent et comment ils comptent le rembourser.
Pourquoi parle-t-on de BTA et d’OTA ?
Lorsqu’on suit l’actualité économique de la CEMAC, deux sigles reviennent régulièrement : BTA et OTA.
Le principe est pourtant assez simple.
Les Bons du Trésor assimilables (BTA) correspondent à des emprunts de courte durée.
Les Obligations du Trésor assimilables (OTA) permettent généralement aux États d’emprunter sur une période plus longue.
Dans les deux cas, l’idée essentielle reste la même :
des investisseurs donnent aujourd’hui de l’argent à l’État, et l’État s’engage à le rembourser selon des conditions définies à l’avance.
Pourquoi le chiffre de 10 560 milliards attire-t-il l’attention ?
Parce que ce marché continue de prendre de l’importance.
À fin juin 2026, l’encours était d’environ 10 219,3 milliards de FCFA. Un mois plus tard, il atteignait 10 560,8 milliards, soit une progression d’environ 3,3 %.
En janvier 2026, il était encore proche de 9 451 milliards de FCFA.
En quelques mois seulement, l’encours a donc augmenté de plus de 1 100 milliards de FCFA.
Cela montre que ce marché est devenu un outil important de financement pour les gouvernements de la sous-région.
Mais d’où vient réellement l’argent ?
C’est probablement l’une des questions les plus intéressantes pour le citoyen.
Lorsqu’une banque achète des titres publics, elle utilise une partie des ressources dont elle dispose pour financer l’État.
Or ces ressources financières pourraient également servir à accorder des crédits aux entreprises et aux particuliers.
Cela ne signifie pas automatiquement que l’argent prêté aux États est retiré aux entreprises. Le fonctionnement bancaire est plus complexe.
Mais lorsque les besoins des gouvernements deviennent très importants, les économistes surveillent attentivement une question : les États prennent-ils une part croissante des ressources disponibles au détriment du financement de l’économie privée ?
C’est l’un des enjeux à suivre avec la croissance du marché régional.
Est-ce donc une bonne ou une mauvaise nouvelle ?
Le chiffre de 10 560,8 milliards de FCFA ne permet pas, à lui seul, de répondre.
Un marché régional capable de financer les États peut avoir des avantages.
Les pays disposent d’une source supplémentaire de financement dans leur propre monnaie. Les banques et investisseurs de la CEMAC disposent également d’instruments dans lesquels placer une partie de leurs ressources.
Mais plus les États empruntent, plus la question du remboursement devient importante.
Car emprunter aujourd’hui signifie généralement rembourser demain.
Et l’argent utilisé pour rembourser les dettes publiques provient, en dernière analyse, des ressources dont disposent les États : impôts, taxes, recettes pétrolières et gazières, recettes douanières et autres revenus publics, auxquels peuvent s’ajouter de nouveaux financements.
Est-ce que cela signifie que la dette de la CEMAC est de 10 560 milliards ?
Non. Et cette distinction est importante.
Les 10 560,8 milliards de FCFA dont il est question ici ne représentent pas la totalité de la dette des six pays de la CEMAC.
Ce montant concerne les titres publics présents sur ce marché régional.
Les États peuvent avoir d’autres dettes, notamment auprès d’institutions internationales, de pays partenaires, de banques ou d’autres créanciers.
Il ne faut donc pas lire :
« La dette de la CEMAC est de 10 560 milliards. »
Mais plutôt :
« Plus de 10 560 milliards de FCFA de titres émis par les États de la CEMAC étaient encore en circulation sur le marché régional à fin juillet 2026. »
Pourquoi cela concerne aussi le citoyen ordinaire
À première vue, une adjudication de titres du Trésor entre un gouvernement et des banques peut sembler très éloignée de la vie quotidienne.
Pourtant, la manière dont un État se finance peut finir par avoir des conséquences sur l’ensemble de l’économie.
Le coût de la dette influence les finances publiques. Le poids des remboursements peut réduire les ressources disponibles pour d’autres dépenses. Et la quantité d’argent mobilisée par les gouvernements sur le marché régional peut également influencer les conditions auxquelles les entreprises trouvent des financements.
Il est donc utile que ces questions ne restent pas réservées aux économistes et aux banquiers.
Un marché financier qui prend une nouvelle dimension en Afrique centrale
Le franchissement des 10 560 milliards de FCFA montre surtout à quel point le marché des titres publics a pris de l’importance dans la CEMAC.
Pour le citoyen, il faudra désormais suivre quelques questions simples :
Combien nos États empruntent-ils ? À quels taux ? Pour combien de temps ? Pour financer quoi ? Et quelle part de leurs ressources futures sera nécessaire pour rembourser ces emprunts ?
Ce sont finalement ces questions, beaucoup plus que le chiffre spectaculaire de 10 560 milliards de FCFA pris isolément, qui permettront de comprendre ce que l’évolution du marché des titres publics signifie réellement pour les économies de la CEMAC.
Radio Audace continuera à décrypter ces sujets économiques afin de les rendre accessibles au plus grand nombre.

