La Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers (SCDP) a inauguré ce vendredi 21 août 2026 à Douala trois nouvelles infrastructures destinées à renforcer la sécurité et la performance de la chaîne nationale d’approvisionnement en produits pétroliers. La cérémonie était présidée par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba.

Une nouvelle sphère de stockage de gaz de pétrole liquéfié à Bonabéri, un second pipeline reliant le Port Autonome de Douala au dépôt de Bessengué et un nouvel immeuble siège : ce sont les trois principales réalisations officiellement inaugurées par la Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers.

Pour les pouvoirs publics et la direction de la SCDP, ces infrastructures doivent contribuer à mieux répondre à la hausse de la consommation nationale, tout en renforçant la résilience du pays face aux tensions pouvant affecter les circuits internationaux d’approvisionnement.

Une nouvelle capacité pour le gaz domestique

La nouvelle sphère, dénommée Sphère 6, est installée au dépôt GPL de Bonabéri.

Elle dispose d’une capacité exploitable de 1 000 tonnes métriques de gaz de pétrole liquéfié.

Sa mise en service porte les capacités du dépôt de Bonabéri de 2 500 à 3 500 tonnes, soit une augmentation de 40 %.

Pour la Directrice générale de la SCDP, Véronique Manzoua épouse Moampea Mbio, cette infrastructure doit notamment permettre de sécuriser davantage l’approvisionnement du marché en gaz domestique, de réduire les risques de pénurie et de limiter les coûts liés aux importations d’urgence.

Le site de Bonabéri devrait encore monter en puissance.

Une autre sphère de 1 000 tonnes est en construction, tandis qu’une infrastructure supplémentaire de même capacité est annoncée dans le cadre du développement du futur hub GPL.

À terme, la SCDP ambitionne de porter les capacités du dépôt à environ 5 500 tonnes métriques.

Un second pipeline entre le port et Bessengué

La deuxième infrastructure inaugurée est un pipeline d’environ quatre kilomètres reliant le duc-d’Albe pétrolier du Port Autonome de Douala au dépôt SCDP de Bessengué.

D’un diamètre de 10 pouces, cette canalisation est exploitée depuis octobre 2023.

Selon les données présentées par la SCDP, sa mise en service a permis d’améliorer sensiblement les opérations de réception des produits pétroliers arrivant par voie maritime.

La cadence de réception est passée d’environ 14 à 23 navires par mois, tandis que les volumes peuvent atteindre environ 345 000 m³, contre près de 210 000 m³ auparavant.

Le nouveau dispositif permet également le déchargement simultané de plusieurs produits et réduit les temps d’attente des navires.

La SCDP évoque notamment une réduction importante des surestaries, ces frais supportés lorsque les navires restent immobilisés plus longtemps que prévu.

Un nouvel immeuble siège

Le troisième ouvrage inauguré est le nouveau siège de la SCDP à Bessengué.

Construit sur plusieurs niveaux, le bâtiment développe environ 1 600 m² de planchers.

Il comprend notamment une vingtaine de bureaux, des salles de réunion, une salle de conseil d’administration, une salle de gestion de crise, une salle serveur ainsi qu’une salle polyvalente d’environ 200 places.

Pour les responsables de la SCDP, cette infrastructure doit permettre d’améliorer les conditions de travail, la coordination des services et les capacités de pilotage de l’entreprise.

Le ministre de l’Eau et de l’Énergie a souligné que la modernisation du secteur énergétique ne concerne pas uniquement les installations industrielles, mais également les outils de gouvernance et de gestion.

Une réponse à la dépendance aux importations

Ces investissements interviennent dans un contexte particulier pour le secteur pétrolier camerounais.

Depuis l’arrêt de la production de la SONARA en 2019, le marché national dépend largement des importations de produits pétroliers finis.

Cette situation augmente la pression sur les installations portuaires, les capacités de stockage et les moyens de transport des hydrocarbures.

À cela viennent s’ajouter les tensions géopolitiques internationales et les perturbations susceptibles d’affecter les chaînes logistiques.

Pour Gaston Eloundou Essomba, le Cameroun doit donc renforcer sa capacité à anticiper les crises.

« Les ouvrages que nous inaugurons officiellement ce jour apportent une réponse appropriée, moderne et intégrée aux besoins logistiques de notre pays », a déclaré le ministre.

Il estime que le pays doit désormais s’inscrire dans une logique de résilience et de souveraineté énergétique.

Vers 60 jours de stocks de sécurité

L’une des annonces importantes de la cérémonie concerne les stocks stratégiques.

Le Cameroun doit actuellement disposer d’une capacité permettant de couvrir 30 jours de consommation en stocks de sécurité.

Mais le gouvernement envisage désormais d’aller plus loin.

Face à la multiplication des crises internationales, le ministre de l’Eau et de l’Énergie estime nécessaire de travailler à une capacité pouvant permettre d’atteindre 60 jours d’autonomie.

Cette ambition suppose toutefois une augmentation importante des espaces de stockage disponibles sur l’ensemble du territoire.

Kribi au cœur des prochains investissements

Parmi les projets considérés comme prioritaires figure le futur Dépôt Pétrolier de Kribi.

La première phase du projet prévoit environ 140 000 m³ de stockage de produits pétroliers liquides ainsi que 12 000 tonnes métriques de GPL.

Le projet doit profiter des capacités du Port en eau profonde de Kribi et offrir au Cameroun un deuxième grand pôle maritime de réception des hydrocarbures.

Lors de son discours, Gaston Eloundou Essomba a demandé à la direction de la SCDP d’accélérer les démarches nécessaires à sa réalisation.

« J’instruis la Direction générale de la SCDP à prendre toutes les dispositions nécessaires pour accélérer les diligences en cours », a déclaré le membre du gouvernement.

Des extensions prévues dans plusieurs régions

La SCDP poursuit également plusieurs projets à l’intérieur du pays.

À Bélabo, un réservoir de 5 000 m³ de gazole doit permettre d’augmenter de près de 92 % les capacités du dépôt.

À Ngaoundéré, un réservoir supplémentaire de 3 000 m³ de gazole et une capacité additionnelle de 250 tonnes de GPL sont également prévus.

À Douala, deux nouveaux réservoirs de super de 6 500 m³ chacun doivent apporter environ 13 000 m³ supplémentaires.

L’objectif affiché est de constituer un réseau national de stockage plus robuste et capable de mieux desservir aussi bien les grands centres de consommation que les régions du Nord, de l’Est et les pays voisins.

Une infrastructure stratégique pour l’économie

Pour le gouvernement, la disponibilité des produits pétroliers reste directement liée à la stabilité et au fonctionnement de l’économie.

Transport, industrie, production d’électricité, commerce ou activités domestiques dépendent tous, à des degrés différents, de la régularité de l’approvisionnement énergétique.

Les infrastructures inaugurées ce 21 août 2026 marquent ainsi une nouvelle étape dans le programme de modernisation engagé par la SCDP.

Pour Gaston Eloundou Essomba, ces réalisations « ne sont pas un aboutissement, mais une étape » d’un programme appelé à se poursuivre.

Une manière de rappeler que dans un contexte où le Cameroun dépend encore largement des importations de produits pétroliers, l’enjeu ne se limite pas à disposer du carburant : il faut également être en mesure de le réceptionner, le stocker et le distribuer rapidement et en toute sécurité sur l’ensemble du territoire.

Radio Audace — Douala