À l’approche de la rentrée scolaire, une initiative citoyenne attire l’attention dans le département du Noun, à l’Ouest du Cameroun.
Au lycée de Manchoutmbi, l’état des infrastructures scolaires était devenu inquiétant : salles de classe dégradées, manque de tables-bancs, toitures défectueuses et accès routier particulièrement difficile. Face à cette situation, Jean Bonheur Tchouafa, enseignant de mathématiques dans cet établissement, a décidé de ne pas rester les bras croisés.
Déjà engagé auprès de ses élèves, notamment à travers la distribution gratuite de fournitures scolaires grâce à des bienfaiteurs, l’enseignant a cette fois lancé un appel à la solidarité. Son regard s’est tourné vers le Bloc Populaire, mouvement citoyen initié par l’artiste Valsero. L’appel a rapidement circulé et suscité une mobilisation au-delà du Noun. Des contributions financières et matérielles ont commencé à arriver, permettant le lancement des travaux de rénovation et de construction.
Sur le chantier, la mobilisation ne s’est pas limitée aux professionnels. Des élèves et des jeunes de la localité ont également retroussé leurs manches pour participer bénévolement aux travaux. Une image symbolique : celle d’une communauté qui décide de mettre la main à la pâte pour offrir de meilleures conditions d’apprentissage à ses enfants.
Les travaux, réalisés à un rythme soutenu, parfois jour et nuit, étaient en voie d’achèvement à la mi-août 2026.
Mais cette initiative prend une dimension particulière lorsqu’on connaît le parcours de Jean Bonheur Tchouafa, également connu sous le nom de Jean Bonheur Résistant. Militant du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, il aurait déjà fait l’objet de sanctions disciplinaires en lien avec ses convictions politiques.
Son engagement dans la rénovation du lycée de Manchoutmbi apparaît ainsi comme une démarche de solidarité portée par un acteur politique de l’opposition, mais qui, dans ce cas précis, place au centre une préoccupation qui dépasse les clivages : l’éducation des enfants.
Cette mobilisation intervient également dans un contexte où les conditions d’étude dans certaines écoles camerounaises restent difficiles. Elle nourrit donc une question plus large : lorsque les infrastructures publiques font défaut, jusqu’où la solidarité citoyenne peut-elle prendre le relais ?
Dans le cas de Manchoutmbi, la réponse est peut-être déjà visible sur le terrain : des citoyens contribuent, des jeunes travaillent, un enseignant mobilise son réseau et des salles de classe retrouvent progressivement une nouvelle allure. Au-delà des appartenances politiques, cette histoire rappelle une chose essentielle : une école n’est pas seulement un bâtiment. C’est le lieu où se construit l’avenir d’une communauté. Et à Manchoutmbi, cet avenir semble aujourd’hui se construire avec des sacs de ciment, des outils, de la sueur… mais surtout avec une mobilisation collective.
Jean Bonheur Tchouafa et les citoyens mobilisés autour de lui auront-ils réussi à transformer une difficulté locale en véritable exemple de solidarité populaire ? Les murs rénovés du lycée donneront peut-être eux-mêmes la réponse.

